Vidéosurveillance dans les abattoirs

La vidéosurveillance dans les abattoirs serait-elle vraiment efficace ? (Journal 20 minutes)

C’est la mesure principale préconisée par le rapport de la commission parlementaire menée par le député Olivier Falorni et présenté ce mardi : soumettre les abattoirs français à une vidéosurveillance obligatoire afin de contrôler leurs pratiques en matière de "bien-être" animal. Concrètement, les caméras seraient placées là où les bêtes sont manipulées, dans les lieux d’acheminement d’une part, et d’abattage proprement dit d’autre part. reste à savoir si elles seraient vraiment efficaces pour lutter contre la souffrance animale.

Déjà répandue au Royaume-Uni où 55 % des abattoirs en sont équipés, désormais obligatoire en Israël, la vidéosurveillance n’avait pas emballé le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, qui s’était dit "pas a priori favorable" à l’idée début juillet sur Europe 1, alors que la commission d’enquête parlementaire travaillait encore à son rapport.

Mais la proposition est désormais sur la table, et elle ne rebute pas forcément les principaux concernés, les professionnels de la viande : "L’ensemble de la filière souhaite une transparence totale, le bien-être animal est au cœur de sa préoccupation, donc sur le principe de la vidéosurveillance, il n’y a bien sûr pas de souci", avance Dominique Langlois, président de l’Interprofession du bétail et des viandes (Interbev).

Uniquement à la disposition de la direction des abattoirs et des services vétérinaires

L’idée de caméras supervisant le travail des salariés pose néanmoins des questions. Pourraient-elles par exemple être détournées dans leur usage afin de contrôler le rendement du personnel ? Qui aurait accès à ces images ? "Le système doit être accepté par le personnel en premier, poursuit Dominique Langlois. Je pense qu’il serait nécessaire de passer par une phase d’expérimentation et surtout, si ça doit se faire, que tous les abattoirs en soient équipés. Ou on le met en place complètement, ou on ne le fait pas."

La Commission parlementaire a anticipé la problématique en consultant la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Les images des caméras ne seraient visibles que par la direction des abattoirs et les services vétérinaires, ainsi qu’éventuellement par les syndicats. Or, si elles soulignent une volonté d’améliorer la transparence de la filière, les associations de défense des animaux regrettent de ne pas avoir accès aux enregistrements : "C’est insuffisant, il faut au moins que les ONG aient les images à disposition, après signature d’une charte par exemple. Les réticences de la profession peuvent se comprendre, mais un certain nombre d’organisations ont reçu un gage de sérieux", explique Pauline di Nicolantonio, coordinatrice de campagnes chez Welfarm, une ONG de protection des animaux de ferme.

"C’est de l’enfumage"

L’association L214, dont les multiples vidéos en caméra cachée ont permis la formation de la commission d’enquête, craint que la mesure ne change rien dans les conditions actuellement présentées : "Si on parle de transparence, alors soyons réellement transparents. Les abattoirs sont toujours rassurants, ils disent "ne vous inquiétez pas, circulez, il n’y a rien à voir", et à chaque fois on se rend compte qu’il y avait à voir et à dénoncer. C’est normal qu’il n’y ait pas de confiance de notre part ", indique Brigitte Gothière, porte-parole de l’association.

Le lanceur d’alerte Pierre Hinard, auteur d’Omerta sur la viande, ancien salarié d’une grande entreprise de transformation de la viande revenu à un élevage aux méthodes et à la taille humaine, est encore plus critique : "Cette mesure ne peut être efficace que si les associations sont partie prenante, sinon c’est de l’enfumage. Les abatteurs ont déjà mis des caméras là où ça les arrange, pour éviter les vols de matières premières par exemple."

"Valoriser les bonnes pratiques"

"Le but n’est pas uniquement de pointer du doigt les dérives, ajoute Pauline di Nicolantonio. Nous autoriser à accéder aux images permettrait de valoriser les bonnes pratiques et de s’en servir comme outil de formation". Hors de question pour Dominique Langlois. Selon lui, seuls les services mandatés par l’Etat devraient pouvoir les voir, une organisation extérieure "pouvant s’en servir pour les détourner au profit de leur message", sous-entendu la suppression des abattoirs, ce que réclame L214. Le président de l’Interbev préfère l’idée d’une charte éthique pour tous les acteurs du métier, charte actuellement en cours de rédaction qui devrait être prête "au plus vite début 2017".

L’idée d’une charte est bien insuffisante pour L214. Pour l’association de défense des animaux, non seulement les organisations tierces devraient accéder aux images, mais aussi chaque citoyen, afin de connaître le parcours de la viande qu’il retrouve dans son assiette, une initiative "d’intérêt général" selon sa représentante. "Irréaliste" pour le président de l’interprofession des métiers de la viande.

De toute manière, Pauline di Nicolantonio de Welfarm n’est "pas persuadée" que les consommateurs se renseignent en détail s’ils en avaient la possibilité : "On voit la réception des vidéos de L214, les gens disent ok, prennent note des dérives, mais ne veulent pas regarder." Pour Pierre Hinard, "si le consommateur prenait conscience de la réalité de l’abattage industriel, plus personne ne mangerait de viande venue de ces usines". "Le citoyen aurait accès à l’information et c’est le plus important. Il ne pourrait pas dire qu’il ne savait pas", conclut Brigitte Gothière.

Commentaires (1)
  1. martin 10 mai 2017

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *