Médecins du Monde blessant envers les défenseurs des Animaux

Donner aux animaux, c'est trahir l'Homme ? Le coup de com' blessant de Médecins du monde

Plaidoyer de David Chauvet
LePlus NouvelObs, Droits des animaux

Depuis un mois, le spot de Médecins du monde est diffusé à la télévision. On y dévoile les "excuses" les plus fréquentes données par les passants. Parmi elles, il y a celle de "je donne déjà aux animaux". Pour David Chauvet, juriste et auteur de "Contre la mentaphobie", le message a quelque chose d'offensant. Explications.

 

Dans leur campagne largement diffusée sur les chaînes de télévision ces jours-ci, les responsables de la communication de Médecins du monde décident de s’en prendre à la compassion envers les animaux pour susciter la générosité des donateurs.

Peut-être ses bénévoles ou ses sympathisants ne sont-ils pas tous d’accord avec ce procédé, surtout s’ils sont eux-mêmes sensibles à la cause animale ?

"Je donne déjà pour les animaux"

Dans le spot diffusé par l’organisation, ils dénoncent les "excuses" que les passants sont amenés à produire lorsque, dans la rue, elle leur demande de faire un don pour soutenir son action.

Entre les "ce mois-ci, ça m’arrange pas" et les "désolé, je n’ai vraiment pas le temps" vient se glisser un "je donne déjà pour les animaux, je peux pas aider tout le monde" – de manière quelque peu surprenante, car on peut tout de même douter que ce soit la première excuse qui vienne à l’esprit des passants.

Le spot s’achève par un appel au don par courrier ou sur Internet. Ainsi, celui qui ne peut payer maintenant pourra le faire plus tard.

Donner aux animaux, une marque d'hypocrisie ?

Mais qu’en est-il de celui qui ne veut pas faire ce don à Médecins du monde, parce qu’il préfère "donner pour les animaux" ? Qu’est-ce que ce spot veut nous faire penser de ce réprimandable passant ? Que c’est un hypocrite, sa bienveillance envers les animaux n’étant qu’une grossière excuse pour échapper aux sollicitations de Médecins du monde, car personne de sensé ne peut choisir de donner aux animaux plutôt qu’aux humains ? Ou, pire, qu’il est sincère ?

Dans les deux cas, c’est une critique en règle de la générosité à l’égard des animaux. Cette critique, qui est loin d’être nouvelle, peut prendre deux formes.

Elle peut d’abord consister en une interdiction pure et simple de toute charité envers les animaux. Saint Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, disait que "l’amour de charité ne s’étend qu’à Dieu et au prochain. Or, sous le nom de prochain, on ne peut comprendre la créature sans raison parce qu’elle n’a pas en commun avec l’homme la vie raisonnable. Donc la charité ne s’étend pas jusqu’à elle" (trad. Roguet).

Il est plus commun, aujourd’hui, d’adresser une critique à ceux dont la charité est exclusivement tournée vers les animaux. Ce pourrait être celle des communicants de Médecins du monde (accordons-leur le bénéfice du doute). Une telle critique semble, à première vue, moins radicale que celle de Saint Thomas. Mais on aurait tort de la croire très différente.

"Charité bien ordonnée commence par soi-même"

Les communicants de Médecin du monde critiquent en effet cette générosité exclusivement tournée vers les animaux, parce que ce sont des animaux.

Dilapidez votre argent autant qu’il vous plaira pour collectionner des livres ou des timbres rares, pour vous habiller à la dernière mode ou pour conduire de belles voitures, vous n’encourrez pas les foudres des responsables de la communication de Médecins du monde.

Il est vrai que "charité bien ordonnée commence par soi-même", et, de fait, on s’en prend rarement à ceux dont la générosité envers les nécessiteux ne s’exprime pas sans quelque parcimonie.

Si votre entourage vous connaît pour ne jamais donner aux associations caritatives ou aux sans-abri, vous traite-t-il de salaud pour autant ? Pourquoi donc est-ce le privilège des amis des animaux que d’être ainsi rappelés à leurs obligations envers leur prochain humain ?

Donnez aux animaux, et on vous accusera de trahir votre espèce

La réponse est la suivante : entre Saint Thomas et les communicants de Médecins du monde, il n’y a qu’une différence de degrés. L’opinion, au fond, est la même.

Donner aux animaux, dans un cas comme dans l’autre, c’est toujours trahir son espèce, contrairement au fait de s’abstenir de donner à quiconque. C’est votre droit le plus absolu de ne rien donner à personne, mais gare à vous si vous ne donnez qu’aux animaux.

Résumons le message de compassion que délivrent aux amis des animaux nos secourables communicants : "donnez-nous, ou trahissez".

J'espère que le but n'est pas de nous stigmatiser

Que penser de ce message ? Le fait est qu’il s’agit d’une opinion sur la charité à l’égard des animaux. Mais revient-il à une organisation comme Médecins du monde de verser dans l’idéologie en rappelant à l’ordre les défenseurs des animaux comme si, telles des brebis égarées, ils avaient besoin d’une séance de catéchisme télévisé sur mesure ?

J’ose espérer que les communicants de Médecins du monde n’ont cherché qu’à provoquer pour faire parler d’eux en vue d’engranger des dons – et si la présente réaction y contribue, je m’en félicite –, car si leur but était de stigmatiser certains pour leur imposer une dette morale, je crains que ce soit là un bien mauvais calcul, tant il est vrai que, comme le disait la Marquise de Lambert : "si on vous a offensé, vous ne devez que du mépris, et c’est une dette aisée à payer".

Commentaires (1)
  1. yveline maronne 21 janvier 2016

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