Animaux livrés à eux-mêmes en Charente

[alert-announce] Mise à jour : la sentence est tombée. Huit mois d'emprisonnement avec sursis pour Geneviève, 40 ans. Six mois avec sursis et 120 heures de travaux d'intérêt général pour Julie, 27 ans. Elles devront en outre verser 4 825 euros au refuge SPA de Mornac, où sont recueillis les chiens et chats, et 1500 euros de préjudice moral à diverses associations de protection des animaux. [/alert-announce]

La macabre découverte

Un spectacle sinistre attendait les membres de la SPA de l'Angoumois, samedi 18 mai 2013, suite à l'appel d'un voisin… "En avançant, on allait de macabre découverte en macabre découverte", souffle Nadine Boissout, directrice du refuge SPA de l’Angoumois à Mornac. C'est dans une habitation abandonnée depuis une quinzaine de jours par ses locataires, au hameau de Germanas à Écuras un village à la limite de la Dordogne, que fut découvert des animaux morts ou en piteux états. Ils ont été livrés à eux-mêmes dans cette maison aux portes closes, sans eau ni gamelle et dans l'obscurité. N'ayant d'autres solutions, ils ont été contraints de se dévorer entre eux.

"Quand on est arrivé, un chien nous montrait les dents, il était très menaçant, mais c’était de la peur plutôt qu’autre chose. Au rez-de-chaussée, les souris se promenaient, un chiot ne tenait pas debout… À l’étage, les chiots étaient dans une pièce, à même le plancher. Ils étaient paniqués en nous voyant… Sur la table, il y avait un poulet entamé qui ne profitait qu’aux mouches. Le chauffage était à fond, il faisait 25 °C. J’ai entendu gratter à la porte, c’était une femelle labrador, décharnée, en fin de vie. Je l’ai prise dans mes bras, j’en ai pleuré. Elle avait mangé ses chiots, la pauvre bête. Dans une autre pièce, il y avait trois chats apeurés… On a dû appeler des bénévoles en renfort."

Conduits chez le vétérinaire, cette femelle labrador et ce jeune chien sont "entre la vie et la mort". Par ailleurs, trois chiens et deux moutons ont été retrouvés morts et un chien a sauté par la fenêtre à l’arrivée de la SPA et des gendarmes.

Suite à cette découverte, la SPA a recueilli neuf chiens et trois chats. "À l’exception du labrador et du jeune chien, ceux qui ont survécu se trouvent au refuge. Leur mine apeurée saute aux yeux : Ils sont en demande de caresses. Ils se collent à nous, ce sont des chiens adorables. Ils ont manqué d’attention humaine. Ils ont manqué de tout."

Les animaux recueillis se rétablissent petit à petit. Tous sont encore traumatisés. La femelle labrador, ne peut toujours pas se lever.

Les présumées coupables

Interpellées par les gendarmes de Montbron dès samedi après-midi, les locataires, deux femmes de 27 et 40 ans, ont été placées en garde à vue. Le couple a été remis en liberté dans l’attente de son procès pour abandon volontaire d’animaux domestiques qui a eu lieu vendredi dernier, le 7 juin, devant le tribunal correctionnel d’Angoulême.

Sans emploi, le couple s’était installé au village il y a plus d’un an. "J’avais déjà été alerté plusieurs fois parce que des chiens divaguaient sur la route. J’ai pris des arrêtés mais personne n’avait remarqué de maltraitance et on n’avait pas autorité pour entrer à leur domicile", commente Claude Fils, le maire d’Écuras.

"On est tous écœurés de voir les chiens dans cet état-là… C’est consternant, innommable. Et comment pouvaient-elles nourrir quinze bêtes avec de maigres revenus ? Je suis dépassé, ça relève de la folie." Selon le maire, le couple s’était vu signifier son expulsion pour cause de loyers impayés. Elles ont semble-t-il pris les devants précipitamment, abandonnant les bêtes sur-le-champ.

Un retentissement mondial

Le sort des animaux a ému le monde entier : sur son forum, la SPA de Mornac explique que les dons affluent du monde entier, "du Koweït, d'Australie, de Suisse ou de Belgique". A la suite de l'appel aux dons, la SPA a recueilli près de 3500€.

Cette affaire a eu d'autres conséquences pour la SPA de Mornac : "les signalements pour maltraitance se multiplient au refuge".

Le procès

Une seule des deux présumées coupables, Julie M. 27 ans, était présente au procès qui a eu lieu vendredi dernier. Son ex-compagne Geneviève C., 40 ans, s’en est dispensée. Dans la salle d’audience bondée : une classe d’école et les bénévoles du refuge SPA de Mornac, venus en nombre, photo d’animal martyrisé en guise de dossard. Quatre autres associations sont représentées sur le banc des parties civiles : la SPA nationale, 30 Millions d’amis, la Société nationale pour la défense des animaux et l’association Stéphane-Lamart.

Lorsque la locataire explique les faits devant le juge, elle assure être revenue sur place "plusieurs fois" : "Quand il restait des croquettes, j’en amenais." Et quand elle n’en avait pas sous la main ? "Je donnais de l’eau." Mais en décembre, un chien était déjà mort et sa dépouille avait pourri sur place "devant le box à cochons". Les deux femmes se rejettent la responsabilité, Geneviève C. durant sa garde à vue, Julie M. à l’audience : "On avait beau en parler, à chaque fois, elle se braquait."

Avocate du refuge SPA, Me Marie-Dominique Coupey rappelle le calvaire de Shakira rebaptisée Maya, la femelle labrador retrouvée derrière une porte, à l’étage de la maison. "On a laissé une chienne manger ses chiots un par un. Dans les selles de l’animal, on a trouvé des poils et une petite griffe." Déjà, en 2000, Geneviève C. avait fait l’objet d’un signalement pour maltraitance au chenil. À défaut de suite judiciaire, "elle était sur la liste noire des gens à qui il ne fallait pas donner d’animaux". Le procureur s’enquiert de l’avenir professionnel de Julie M., "en formation d’élevage de vaches laitières" : "Vous pensez en être capable ? - Je vais bien voir."

Les locataires, lors de leur audition s'étaient défendu que "si on avait vu l’état squelettique des chiens, on aurait porté plainte contre nous." L'avocat des parties civiles conclu par : "elles ont fait le choix malsain de cacher les animaux, pièces fermées à clé, volets fermés à clé, à l’abri des regards". Selon lui, l’état de dépérissement des bêtes trahissait de longs mois de sous-nutrition. Il va jusqu’à réclamer la qualification des faits d’abandon en " sévices graves et actes de cruauté".

Le procureur requiert six mois d’emprisonnement avec sursis et 120 heures de travail d’intérêt général pour Julie M. et huit mois d’emprisonnement avec sursis pour l’absente, Geneviève C. Julie M. sans avocat termina son plaidoyer à la barre par : "J’assume mes conneries." Délibéré le 21 juin.

(Sources : SudOuest, Charente Libre)

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